Opus Libretto 07, édition spéciale Sydney
Stéphane Le Beau, chef de produit Opus
Champion du monde sur pisteCourse aux points, Maître
Track Cycling World Masters Championships 16 - 21 October, 2007 Dunc Gray Velodrome, Sydney, AustraliaDernier jour de compétition
La course aux points.
Il faut penser, calculer, réfléchir, compter, s’ajuster, se placer. Il faut être là au bon moment, puis donner le coup de rein pour prendre le point nécessaire. C’est ça la course aux points. 80 tours de piste, 20 Km et 8 sprints pour les points. Le gagnant n’est pas nécessairement celui qui franchit en premier la ligne d’arrivée à la fin de la course. Tout ce qui se passe avant a de l’importance, prendre un tour sur le peloton donne 20 points en boni. C’est ma course préférée. Je l’aime pour ce qui se passe dans ma tête à chaque tour. Je l’aime pour les risques qu’il faut prendre avec un vélo sans frein. Je l’aime quand ça frotte. Je l’aime pour l’harmonie entre l’effort physique et la tactique. Tous deux à fond, pendant 80 tours de piste

Je l’aime maintenant encore plus que toutes les courses. Je l’aime pour la médaille qu’elle m’a donnée aujourd’hui, pour le kangourou en peluche qui venait avec, pour le maillot arc-en-ciel, pour le titre mondial, pour le drapeau canadien entre ceux de l’Australie. Oui, je suis Champion du Monde. C’est un plaisir particulier. Rien n’a changé par rapport à hier. Je suis le même. J’ai simplement gagné la plus belle course de ma vie. Ça fait du bien tout simplement !
La courseLa qualification du matin était une routine. J’ai observé mes adversaires et je me suis testé. Je passe à la finale. Celle que tout le monde souhaite gagner. Ce sera plus difficile. J’ai mon plan. Je suis allé me reposer dans ma chambre. Pas nerveux, mais plein de pensées dans ma tête. Tout y passe, ma famille, mes amis, Robert Brisson, mon travail, mes vélos Opus… Je retourne au vélodrome avec une drôle de sensation. Celle de ne pas vouloir courir. Celle que j’ai quand je me rends aux courses importantes. Celle que j’ai quand je me sens bien une fois le départ donné. Je me prépare, je me réchauffe, je suis prêt.
On s’aligne 21 sur la piste. Un tour regroupé et on part sur le «gun».
Un néozélandais lance le bal. Ça roule à fond et je cherche à me tailler une place dans les premiers. Je respire fort déjà! Premier sprint, rien pas un point. Le second pas mieux. Mais j’observe. Les Australiens contrôlent la course. Ils sont d’excellents sprinteurs.
Je tente un premier démarrage. Les «Aussies» réagissent. Troisième sprint, je ramasse deux petits points. Je pars avec Claus, un Danois sympathique et puissant qui a fait la finale en poursuite. Encore les Australiens qui réagissent. J’ai compris! Il faut partir avec un des leurs.
Puis ma chance se présente. L’Australien Graig Taylor part en flèche. Je suis le seul à réagir. Je le rejoins. Il roule bien sans se soucier de moi. Il ne me donne le relais qu’après deux tours. J’ouvre la machine. Je prends le 4e sprint et je double le peloton. 25 points d’un coup.
Je dois protéger mon avance et je suis à fond. Récupérer, récupérer. L’Australien réussit à prendre un tour. On se surveille. On laisse passer le 5e sprint. Je me fais tasser sur la balustrade avec tous ces mouvements. Puis c’est Taylor qui se fait prendre dans les mouvements de serpent sur la piste. Il coince sa roue avant et chute. Sa glissade a failli m’emporter.
Je décide de ne pas faire le 6e sprint, ce sera plus fairplay pour la victoire entre Taylor et moi. C’est McMurdo, la fusée australienne qui a gagné la poursuite il y a deux jours, qui s’approche de moi aux points, petit à petit, en se classant à tous les sprints. Je dois le surveiller. Taylor est revenu en piste. Il n’est pas amoché. Il me dit qu’il est OK. Il nous reste deux sprints. La cloche sonne pour le 7e sprint. Je suis mal placé, 6e je crois. Je dois prendre un point car McMurdo a gagné le sprint. Je gicle dans le dernier virage et, sur la ligne, je ramasse un point précieux en 4e position, un point en or.
Pour le sprint final, je dois finir derrière McMurdo s’il est 2e ou 3e. S’il vise la première position je dois finir avant lui. Un groupe de cyclistes attaquent par le haut de la piste. Il reste 1 tour et demi. Je suis coincé derrière. La cloche sonne, dernier tour. McMurdo pousse à fond je suis 3 positions derrière lui.
Dans le dernier virage je passe les 3 coureurs. McMurdo ne fera qu’une 4e place, je rentre derrière lui. Je suis champion du monde par un point, le petit point en or ramassé avec un coup de rein si important.
J’aime cette course, j’aime compter, calculer, réfléchir…

Sur le podium mes yeux sont pleins d’eau. On me glisse le maillot arc-en-ciel du champion du monde. On me passe la médaille d’or. Photos et poignées de main. Je souris à ma «Handler». C’est la première fois que le Ô Canada est joué depuis l’ouverture des championnats.
Comment mieux conclure cette expérience australienne par une visite du pays. J’irai à l’Opéra, apprendre à faire du Surf, voir les Kangourous, marcher dans le parc Blue Mountain. Et surtout, rester le même à l’intérieur de moi.

Petites notes pour mes confrères pistards et d’équipe :
Philippe, oui Philippe Raymond mon partenaire de piste, la course aux points au Championnat du Monde c’est comme toutes les courses aux points: C’est grisant! Il faut savoir ce que l’on a dans son jeu et sentir le jeu des autres, comme dans une partie de poker, mais tout se passe plus vite. C’est ça sentir la course! Maintenant, Vancouver pour l’américaine?

Gérard-Louis, merci pour les encouragements. Tu avais raison de me pousser à tenter ma chance en Australie.
À mes coéquipiers d’Opus, Richard et Éric. Merci pour le temps si précieux à rouler ensemble.
Résultats :
1-
Stéphane Le beau CAN 28 points
2- Hilton McMurdo AUS 27 points
3- Craig Taylor AUS 23 points