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25.10.09

La Course aux Points

La course aux points est celle que j’aime. Celle qui me fait vibrer. Je l’ai déjà dit. Elle est tout ce que nous vivons sur cette planète en quelques minutes. Elle prend forme au moment du rassemblement des coureurs sur la piste. Nous avons tous une stratégie, un objectif, un plan, un rêve, pour un résultat final. Je vise l’or. Je ferai ma course pour la victoire. Je la ferai à l’avant du peloton. Comme à chaque finale, j’ai peur de manquer mon coup, de mal réagir. Je me sens comme un ado devant son choix de carrière. Une fois le signal donné tout se transforme. Mes jambes, mes poumons, mon cœur et ma tête se mettent en marche. J’ai l’impression que mon corps devient une machine cybernétique. La puissance de mon coup de pédale réagit avec l’environnement. Je réfléchis par automatisme et par logique. Un mélange de réactions et de réflexion. Trop penser ou trop réagir peut ralentir. Ce n’est pas toujours le plus fort qui gagne. La course aux points appartient à celui qui ne fait pas d’erreur.

Cette année, cette course fut une expérience de vie. Je l’ai perdue. J’ai fait une erreur. Une simple erreur de 2 petits points. La course m’appartenait dès le premier sprint. Surpris de me voir sur le haut du tableau après la première cloche, je m’applique à réagir. L’américain Nolan, le favori, le recordman du monde de la poursuite, m’attaque après le sprint. Je plonge pour le suivre. Il attaque de nouveau, je le rattrape et je passe devant pour lui dire que je suis là, qu’il aura un adversaire de taille. Puis un Kiwi, tout de noir, de la Nouvelle-Zélande nous relance. Je réagis avec Nolan et les deux Australiens qui se surveillent au lieu de s’entraider. Notre groupe manque de cohésion certains flinguent d’autres hésitent. Ça donne des coups. La course est rapide, le peloton est étiré et tout le monde est à fond. Je récolte de petits points qui me maintiennent sur le haut du tableau. Ma gorge me brûle, mes jambes deviennent lourdes, j’ai le goût du sang dans ma bouche. Voilà que mon cerveau m’envoi un message. « Tu souffres, garde des réserves ». Je ne veux pas l’écouter, j’ai un titre mondial à chercher. Je dois penser comme les sprinteurs. Puis ma logique se place, elle commande mes mouvements. « Nolan peut manquer un sprint et tu peux le battre dans le dernier ». Je prends la décision de ne pas faire le sprint du 20e tour alors que Nolan récolte des points précieux. Mauvais diagnostic, plaidoyer désastreux, fâcheuse décision, ordonnance dangereuse… Un coureur britannique attaque et les favoris ne réagissent pas. Nous croyons pouvoir rattraper ceux qui le suivent avant le sprint final. Nous ramenons les échappés les uns après les autres, sauf un. Je surveille le compte tour. À deux tours de la fin, je me glisse dans l’ouverture par le bas au risque de me faire emboîter. Le sprint est lancé, je suis bien placé. L’accélération nous alignent et j’enfile par le haut, je dépasse tout le monde et je finis premier du peloton. C'est le britannique devant qui prend les 5 points. Moi je fais 2 pour 3 points et Nolan une 4e position pour 1 point. Simples mathématiques. Il va me manquer ces petits 2 points de la première position du sprint final pour l’or.

Bravo Nolan, vous avez été le plus fort et le plus brillant !

J’ai fait une faute. L’adulte doit assumer ses erreurs. Comme l’avocat qui manque son plaidoyer, le médecin qui fait un mauvais diagnostic, un pharmacien qui donne une mauvaise ordonnance, un ingénieur qui fait un mauvais de calcul… L’information était là. Je l’ai lue avec une autre perspective. Je peux m’en vouloir ou je peux me dire que j’ai fait de mon mieux avec l’information que j’avais. J’assume ! Si mon corps avait été plus fort, ma tête aurait réagit autrement.

Je respecte les gens qui doivent prendre des décisions qui affectent des vies, des sentiments, des carrières. C’est une lourde responsabilité. Ma décision de laisser tomber un sprint a probablement désappointé ceux qui pensaient que j’allais gagner, ceux qui espéraient de l’or pour le Canada. Je reviens un peu déçu de ce Championnat du Monde sur Piste avec deux médailles de bronze et une d’argent. Mais au moins, je reviens avec une belle expérience de vie qui me servira plus tard.

C’est ça la course aux points. Une leçon de vie en 60 tours. Après Sydney, le Portugal m’attend en 2010. J’espère pouvoir y faire un grand numéro.

1 comment:

Martin Rousseau said...

Pour ma part je trouve que tu as mieux fait que la derniere fois. Plus grande régularité (et ce sans fibre!!!). Oui tu n'as pas la medaille ultime cette fois-ci, mais tu reviens plus lourd que la derniere fois (3 medailles).

Felicitation le king!